L'Épave et la Tempête
La fissure se referma derrière elle, mais les cris du village viking continuaient de hurler dans sa tête.
Les flammes. La neige tachée de sang. L'enfant renversé. La femme tirée par les cheveux.
Cette vision la suivait encore lorsqu'elle fut arrachée du monde.
Et la mer la frappa.
L'eau glacée referma son étau avant même qu'elle n'ait compris ce qui arrivait. Naya fut projetée sous la surface, roulée, cassée, secouée par la tempête comme une plume dans un ouragan. Le sel brûlait sa gorge. Son souffle se brisa en éclats. Elle remonta une seconde, aperçut un ciel noir strié d'éclairs, puis une vague la submergea de nouveau.
Le bracelet vibra faiblement — une lueur presque noyée.
Elle sombrait.
Un grondement monta autour d'elle. Quelque chose passait au-dessus, immense, vivant. Une ombre de bois et de voiles. Un navire.
Des voix crièrent dans le chaos :
— « Là ! Quelqu'un dans l'eau ! »
— « Attrapez-la ! »
Une corde fouetta la vague. Une main plongea, sûre, brûlante malgré la pluie glacée.
Naya la saisit.
On la hissa d'un coup brutal. Son corps heurta les planches trempées avant de s'effondrer sur le pont. Autour d'elle, des silhouettes couraient, tiraient des cordages, hurlaient contre le vent. La mer secouait le navire comme pour le renverser.
Une silhouette se pencha au-dessus d'elle.
Un jeune homme. Visage ruisselant. Cheveux sombres collés à la peau. Yeux clairs, étonnamment doux au milieu de la tempête.
Il resta un instant immobile, reprenant son souffle, les mains encore crispées sur ses bras comme s'il craignait qu'elle lui échappe.
— « Ça va… je te tiens. »
Naya voulut parler. Aucun son ne franchit sa gorge, encore nouée par le sel et par l'horreur qu'elle venait de quitter. Ses membres tremblaient, secoués d'un froid qui n'avait rien à voir avec la mer.
Le jeune homme glissa un bras derrière ses épaules pour la relever. Son contact était chaud, vivant, presque choquant après la morsure des vagues.
— « Viens. Tu es en sécurité maintenant. »
Sécurité. Un mot qui semblait irréel.
Pourtant, blottie contre son torse, Naya sentit le monde cesser de tourner. Le vent hurlait toujours, la pluie cinglait les voiles, mais quelque chose en elle se calma.
Il la porta vers la cabine, le regard ancré dans le sien comme une promesse silencieuse.
Elle ne connaissait pas son nom. Elle ignorait où elle se trouvait. Elle tremblait encore du massacre qu'elle venait de fuir.
Mais elle savait une seule chose :
La mer avait voulu la noyer. Lui, il venait de la sauver.