Le Tribunal de Lumière
Il s'agissait d'une salle sans mur. Une véritable mer de clarté infinie s'étendait à perte de vue. Chaque note du chant angélique vibrait dans l'air comme un cristal suspendu.
Naya se tenait droite, ses ailes largement déployées, encore intactes mais déjà frémissantes de fissures invisibles. Autour d'elle, les Archanges formaient un cercle éclatant, statues vivantes de perfection. Leurs visages étaient de marbre, mais leurs voix tombaient comme des sentences.
« Tu as rompu l'unisson. »
« Tu as cherché ton propre écho. »
« Tu as posé la question interdite. »
Naya releva la tête. Ses lèvres tremblaient, mais ses yeux brûlaient d'une fièvre nouvelle. « Pourquoi ne pouvons-nous pas vivre parmi les Hommes ? Leur apporter notre lumière, notre savoir, notre force ? Ne sont-ils pas eux aussi une création divine ? »
Un murmure outré parcourut le chœur, et l'agitation parcourut l'assemblée comme une tempête de plumes. « Ne le voyez-vous pas mes frères et mes sœurs ? Ne pouvons-nous pas avoir une âme propre ? Ou sommes-nous condamnés à n'être que des flammes célestes indivisibles, figées dans une beauté éternelle, formant un réceptacle vide et muet enchaîné à servir le divin à jamais ? » répéta-t-elle, cette fois plus fort.
Un Archange s'avança, ses ailes blanches irradiant de pureté. Sa voix résonna comme un couperet : « Tu as osé détourner ton regard des cieux. Tu as contemplé les Hommes. »
Naya baissa un instant les yeux. Oui, elle les avait vus : leurs danses, leurs corps qui s'effleuraient, leurs rires autour du feu, leurs larmes face à la mort. Toute cette force et cette fragilité mêlées. Elle avait senti, au fond d'elle, un frisson qu'aucun chant céleste n'avait su lui donner.
L'Archange poursuivit, implacable : « Tu as laissé en toi naître un désir qui n'appartient qu'aux mortels. »
Alors elle osa. Un souffle, un murmure qui glaça le silence : « Et si nous pouvions apprendre des Hommes pour arriver à une nouvelle forme de lumière ? »
Le cercle s'embrasa. Ses frères et sœurs reculèrent comme si elle avait craché du poison. Dans son dos, une aile se fissura, éclatant d'éclairs dorés.
Le jugement tomba d'une seule voix, un tonnerre d'harmonie brisée : « Tu n'as plus ta place parmi nous. L'assemblée a parlé, toi qui aimes tant les Hommes tu seras condamnée à vivre comme l'une d'entre eux. Nous t'exilons en terre mortelle. »
Naya sentit le sol se dérober sous ses pieds. Dans un froissement de plumes, le vide se referma sur elle.