Arc I — La Genèse Celeste

Chapitre 2 – Le Feu et le Sang

Arc I — La Genèse Celeste

Chapitre 2 – Le Feu et le Sang

Scène 1 – La Capture

Le vent du Nord frappait la côte comme une lame. La mer se brisait en vagues sombres et le sable dur vibrait sous les rafales. Naya avançait lentement entre les rochers glacés, ses jambes encore faibles, son souffle court formant une buée pâle dans l’air.

C’est alors qu’ils apparurent.

D’abord des ombres.
Puis des silhouettes massives.
Enfin des hommes… cuir et peaux épaisses sur les épaules, casques abaissés sur le front, visages marqués par le froid et la guerre. Leurs haches pendaient à leurs poings, lourdes comme des rochers.

Le premier poussa un cri rauque.
Le cercle se referma aussitôt.

La neige craquait sous leurs pas. Les torches éclairaient leurs traits durs, leurs mâchoires serrées, la méfiance gravée dans leurs regards. Naya recula… ses pieds nus s’enfoncèrent dans la boue gelée, lui arrachant un frisson.

– « Une étrangère… » souffla l’un.
– « Sorcière », cracha un autre.
– « Offrande aux dieux », conclut celui qui semblait diriger.

Elle ouvrit la bouche.
Aucun son ne sortit.
Sa gorge brûlée par le sel n’était qu’un souffle brisé.
Le bracelet à son poignet pulsa d’une lumière faible, presque imperceptible. Les hommes reculèrent, surpris par cette lueur qui n’appartenait pas à leur monde.

Le chef planta sa hache dans le sable gelé. Le choc résonna comme un signal. Deux hommes s’avancèrent, attachèrent ses poignets avec une corde. Le nœud serra sa peau jusqu’au sang.

On la poussa en avant.

Ses cheveux trempés fouettaient son visage. Le froid la traversait comme mille aiguilles. À travers la brume, elle distingua un village : des toits fumants, des palissades de bois, des silhouettes qui allaient et venaient entre les maisons basses.

Chaque pas l’éloignait du rivage où elle avait chuté.
Chaque pas l’enfermait davantage dans ce monde rude et glacé.

Elle ne marcha plus par elle-même.
Elle fut entraînée.

Elle fut enlevée.

Le vent du Nord frappait la côte comme une lame. La mer se brisait en vagues sombres et le sable dur vibrait sous les rafales. Naya avançait lentement entre les rochers glacés, ses jambes encore faibles, son souffle court formant une buée pâle dans l’air.

C’est alors qu’ils apparurent.

D’abord des ombres.
Puis des silhouettes massives.
Enfin des hommes… cuir et peaux épaisses sur les épaules, casques abaissés sur le front, visages marqués par le froid et la guerre. Leurs haches pendaient à leurs poings, lourdes comme des rochers.

Le premier poussa un cri rauque.
Le cercle se referma aussitôt.

La neige craquait sous leurs pas. Les torches éclairaient leurs traits durs, leurs mâchoires serrées, la méfiance gravée dans leurs regards. Naya recula… ses pieds nus s’enfoncèrent dans la boue gelée, lui arrachant un frisson.

– « Une étrangère… » souffla l’un.
– « Sorcière », cracha un autre.
– « Offrande aux dieux », conclut celui qui semblait diriger.

Elle ouvrit la bouche.
Aucun son ne sortit.
Sa gorge brûlée par le sel n’était qu’un souffle brisé.
Le bracelet à son poignet pulsa d’une lumière faible, presque imperceptible. Les hommes reculèrent, surpris par cette lueur qui n’appartenait pas à leur monde.

Le chef planta sa hache dans le sable gelé. Le choc résonna comme un signal. Deux hommes s’avancèrent, attachèrent ses poignets avec une corde. Le nœud serra sa peau jusqu’au sang.

On la poussa en avant.

Ses cheveux trempés fouettaient son visage. Le froid la traversait comme mille aiguilles. À travers la brume, elle distingua un village : des toits fumants, des palissades de bois, des silhouettes qui allaient et venaient entre les maisons basses.

Chaque pas l’éloignait du rivage où elle avait chuté.
Chaque pas l’enfermait davantage dans ce monde rude et glacé.

Elle ne marcha plus par elle-même.
Elle fut entraînée.

Elle fut prise.

Scène 2 – La Volva et la prophétie

La grande salle s’ouvrit devant Naya. Des piliers sculptés de bêtes marines se dressaient sous les torches qui projetaient une lumière instable sur les poutres noircies. Le foyer central brûlait fort et chaque craquement du feu semblait respirer avec la foule rassemblée.

Quand on la poussa à l’intérieur, les chants cessèrent d’un seul souffle.
Plus un bruit, hormis le bois qui se consumait.

Elle fut conduite jusqu’au centre du hall, entre des tables encombrées de cornes renversées, de pains à moitié entamés et de morceaux de viande encore fumants. Tous les regards convergèrent vers elle : des yeux clairs, méfiants, avides de comprendre ce qu’était cette femme tombée des vagues.

Sur l’estrade, le Jarl se tenait debout.

Sa carrure imposante dominait la pièce. Sa barbe rousse tombait sur un plastron de cuir tanné, et son regard bleu, froid comme un fjord gelé, restait rivé sur elle. Quand il leva une main, le silence devint presque étouffant.

– « Qui es-tu ? »

Naya voulut parler, mais rien ne franchit sa gorge sèche. Les cordes serrées à ses poignets la brûlaient, et le bracelet doré sous sa peau vibrait encore faiblement, comme s’il luttait contre l’obscurité du lieu.

Un mouvement, alors.
Un froissement de peaux.
Une silhouette qui se détachait du fond de la salle.

Une femme voûtée s’avança lentement. Ses cheveux gris, tressés de fils d’os, glissaient sur ses épaules. Ses yeux laiteux, voilés, semblaient pourtant voire plus loin que tous les autres. Un murmure parcourut les guerriers : la Volva.

Elle approcha de Naya avec la lenteur d’un fauve ancien.
Ses doigts noueux, tachés de suie et de sang séché, effleurèrent le bracelet.

La lumière jaillit aussitôt.

Un éclat doré, bref mais intense, traversa la salle. Les guerriers reculèrent instinctivement. Le Jarl resta immobile, mais ses doigts se crispèrent sur l’accoudoir de son siège.

La Volva leva progressivement les bras, comme si elle accueillait une présence invisible.

– « Ce signe… »
Sa voix rauque se fit plus forte.
– « Elle porte la marque du passage. »

Un murmure parcourut le hall. Les torches vacillèrent.

La prophétesse tourna son visage vers le Jarl, ses yeux voilés brillant d’une étrange intensité.

– « Ce n’est pas une sorcière. Ni une ennemie. Elle vient des dieux. »

La salle se fissura en centaines de réactions :
des cris de stupeur, des exclamations de ferveur, des hommes se levant, des femmes ôtant leurs capuchons pour mieux voir.

Naya, elle, resta figée.

Elle avait voulu se présenter, expliquer, mais les mots s’étaient noyés dans ce tumulte. À cet instant, elle sentit une chose simple et brutale : ils n’étaient pas en train de la regarder elle. Ils observaient un présage.

Le Jarl s’avança d’un pas vers l’avant de l’estrade.
Le feu se reflétait dans ses yeux.

– « Si les dieux l’ont envoyée ici, alors elle restera sous notre garde. »

Ce n’était pas une invitation.
Ni une question.
C’était une décision.

La salle éclata en acclamations.

Naya sentit la vibration du bracelet remonter jusque dans son bras, comme un battement affolé. Elle inspira difficilement, le cœur serré par un sentiment qui lui pesait : la certitude d’être prisonnière d’un destin qu’elle n’avait pas choisi.

Et au milieu des cris, des torches, des regards braqués sur elle…
Elle se sentit terriblement seule.

La lumière jaillit aussitôt.

Un éclat doré, bref mais intense, traversa la salle. Les guerriers reculèrent instinctivement. Le Jarl resta immobile, mais ses doigts se crispèrent sur l’accoudoir de son siège.

La Volva leva progressivement les bras, comme si elle accueillait une présence invisible.

– « Ce signe… »
Sa voix rauque se fit plus forte.
– « Elle porte la marque du passage. »

Un murmure parcourut le hall. Les torches vacillèrent.

La prophétesse tourna son visage vers le Jarl, ses yeux voilés brillant d’une étrange intensité.

– « Ce n’est pas une sorcière. Ni une ennemie. Elle vient des dieux. »

La salle se fissura en centaines de réactions :
des cris de stupeur, des exclamations de ferveur, des hommes se levant, des femmes ôtant leurs capuchons pour mieux voir.

Naya, elle, resta figée.

Elle avait voulu se présenter, expliquer, mais les mots s’étaient noyés dans ce tumulte. À cet instant, elle sentit une chose simple et brutale : ils n’étaient pas en train de la regarder elle. Ils observaient un présage.

Le Jarl s’avança d’un pas vers l’avant de l’estrade.
Le feu se reflétait dans ses yeux.

– « Si les dieux l’ont envoyée ici, alors elle restera sous notre garde. »

Ce n’était pas une invitation.
Ni une question.
C’était une décision.

La salle éclata en acclamations.

Naya sentit la vibration du bracelet remonter jusque dans son bras, comme un battement affolé. Elle inspira difficilement, le cœur serré par un sentiment qui lui pesait : la certitude d’être prisonnière d’un destin qu’elle n’avait pas choisi.

Et au milieu des cris, des torches, des regards braqués sur elle…
Elle se sentit terriblement seule.

Scène 3 – Le Festin du Jarl

Le vacarme de la salle reprit d’un seul coup, comme une vague qui se brise. Les guerriers se remirent à chanter, à frapper les tables, à lever leurs cornes remplies d’hydromel. L’odeur de viande fumée, de bière renversée et de suie s’élevait du sol et des poutres, lourde, presque étouffante.

On conduisit Naya près de l’estrade.

Une dague trancha les cordes à ses poignets.
Elle sentit la brûlure des liens libérés, mais garda les bras contre elle, comme pour se protéger.
Autour d’elle, des dizaines de regards brûlants la suivaient, une attente fébrile suspendue dans l’air.

Le Jarl se leva.

Sa seule présence fit taire la salle, peu à peu, jusqu’à ce qu’on n’entende plus que le crépitement du foyer central. Il leva une corne sculptée et parla d’une voix grave, qui semblait faire vibrer les planches.

– « Ce soir, nous buvons pour celle que les dieux nous ont envoyée. »

La salle explosa en cris.
Des cornes s’entrechoquèrent, des poings martelèrent les tables.
La fête reprenait, brutale et entière.

On posa devant Naya un plateau :
un pain encore chaud,
une coupe débordante d’hydromel,
et un morceau de viande rouge, luisant de jus.

Elle hésita.
Tous attendaient qu’elle goûte.
Le moindre de ses gestes semblait porter un sens qu’elle ne comprenait pas.

Elle prit finalement le pain.
La croûte craqua sous ses doigts, et la chaleur qui s’en dégageait fit trembler ses mains. Lorsqu’elle porta une bouchée à ses lèvres, le goût rustique du blé et du sel envahit sa bouche. Son corps, affamé depuis sa chute, réagit avant même qu’elle n’y pense : un tremblement parcourut ses bras.

Des murmures de satisfaction coururent dans la salle.

Puis elle prit la coupe.

L’hydromel glissa dans sa gorge comme une brûlure douce. Elle toussa, les yeux embués par le feu du miel fermenté. Des éclats de rire retentirent autour d’elle … un rire étonnamment chaleureux, sans moquerie ni mépris, presque comme si elle avait été adoptée par leur fête d’un soir.

Un guerrier au visage large leva sa corne vers elle.
Une femme derrière lui tapa du poing sur la table en signe d’approbation.
Leur joie semblait débordante, presque contagieuse.

Mais Naya restait immobile, le cœur serré.

Elle observait la salle, les torches vacillantes, les ombres qui couraient sur les visages, les chants qui montaient plus fort que le vent. Une chaleur grandissait autour d’elle, celle d’un peuple vivant, rude, ancré dans la terre et dans le bruit.

Pourtant, cette chaleur ne la touchait pas vraiment.

Le Jarl la regardait depuis son trône, silencieux, les doigts serrés sur l’accoudoir.
Ce n’était pas de la tendresse.
Ni de la méfiance pure.
C’était autre chose : un calcul, peut-être. Une réflexion qu’elle ne pouvait pas lire.

Naya serra ses mains contre elle.

Elle comprenait soudain qu’on ne la fêtait pas en tant qu’être vivant, mais en tant que signe.
Un symbole sur lequel on projetait tout ce qu’on craignait ou ce qu’on espérait.
Rien à voir avec ce qu’elle était vraiment.

La fête continuait, les chants montaient, et la salle vibrait comme un tambour.

Mais derrière tout ce tumulte, Naya sentit une solitude plus lourde que la nuit dehors.

Des murmures de satisfaction coururent dans la salle.

Puis elle prit la coupe.

L’hydromel glissa dans sa gorge comme une brûlure douce. Elle toussa, les yeux embués par le feu du miel fermenté. Des éclats de rire retentirent autour d’elle … un rire étonnamment chaleureux, sans moquerie ni mépris, presque comme si elle avait été adoptée par leur fête d’un soir.

Un guerrier au visage large leva sa corne vers elle.
Une femme derrière lui tapa du poing sur la table en signe d’approbation.
Leur joie semblait débordante, presque contagieuse.

Mais Naya restait immobile, le cœur serré.

Elle observait la salle, les torches vacillantes, les ombres qui couraient sur les visages, les chants qui montaient plus fort que le vent. Une chaleur grandissait autour d’elle, celle d’un peuple vivant, rude, ancré dans la terre et dans le bruit.

Pourtant, cette chaleur ne la touchait pas vraiment.

Le Jarl la regardait depuis son trône, silencieux, les doigts serrés sur l’accoudoir.
Ce n’était pas de la tendresse.
Ni de la méfiance pure.
C’était autre chose : un calcul, peut-être. Une réflexion qu’elle ne pouvait pas lire.

Naya serra ses mains contre elle.

Elle comprenait soudain qu’on ne la fêtait pas en tant qu’être vivant, mais en tant que signe.
Un symbole sur lequel on projetait tout ce qu’on craignait ou ce qu’on espérait.
Rien à voir avec ce qu’elle était vraiment.

La fête continuait, les chants montaient, et la salle vibrait comme un tambour.

Mais derrière tout ce tumulte, Naya sentit une solitude plus lourde que la nuit dehors.

Scène 4 – Les Traditions

Le hall s’était vidé peu à peu.
Il ne restait plus que des guerriers affalés sur les tables, des cornes renversées, des tâches de bière mêlées à la suie. Au petit matin, une lumière grise filtrait entre les planches du toit.

On tira Naya dehors.

Le vent lui mordit aussitôt la peau.
Le village s’éveillait lentement : des silhouettes de femmes passaient entre les maisons, bras chargés de bois ou de seaux, d’autres filaient la laine devant leurs portes, immobiles malgré le froid. Les enfants, emmitouflés, couraient entre les enclos en riant.

Naya avançait difficilement, encore affaiblie par la nuit passée à lutter contre la mer et le froid.

On la mena vers une maison sombre dont la porte grinça en s’ouvrant.
L’air à l’intérieur sentait la suie, la peau fraîchement raclée, les herbes séchées.
Une chaleur douce s’élevait d’un petit foyer posé à terre.

Plusieurs femmes l’attendaient.

Elles ne parlèrent pas.
Elles ne sourirent pas.
Elles la regardaient simplement, avec une curiosité calme, sans mépris ni tendresse.
Le regard d’un peuple habitué à jauger ce qui arrive de l’extérieur.

L’une d’elles tira doucement la tunique de lin que Naya portait encore.
La toile humide glissa de ses épaules, et le froid la saisit.
Elle tenta de couvrir sa poitrine de ses bras, par réflexe, mais les mains des femmes continuaient leur travail, sûres et rapides.

Elles la vêtirent d’une tunique de laine épaisse, sombre et rêche.
La matière lourde glissa sur ses épaules comme une deuxième peau, étrangement rassurante malgré sa rugosité.
Un large ceinturon de cuir fut noué autour de sa taille pour la serrer, la maintenir droite.
Enfin, une cape de fourrure tomba sur ses épaules, lourde, chaude, presque trop.

Sous le poids de tous ces vêtements, Naya se sentit plus stable…
mais aussi moins elle-même.

Une vieille femme s’approcha.
Ses yeux plissés semblaient capables de juger une âme à la seconde.
Sans un mot, elle attrapa les cheveux roux de Naya et les tressa en longues nattes serrées.
Ses doigts, malgré leur âge, étaient précis.
Elle glissa dans la chevelure quelques perles d’ambre et des fils d’os polis.

Chaque geste ressemblait à un rituel ancien.
Comme si habiller Naya revenait à lui attribuer une place dans ce monde.

Quand elles eurent terminé, les femmes reculèrent.
Dans un coin, un miroir de bronze poli reflétait une silhouette qu’elle reconnut à peine.

Elle avança vers lui.

Les nattes épaisses encadraient son visage pâle.
La tunique de laine sculptait une nouvelle posture.
La cape donnait de l’ombre à ses traits.
Seul le bracelet doré vibrait encore, comme un rappel silencieux de ce qu’elle avait été avant.

Pour un instant, Naya sentit quelque chose naître dans la pièce.
Une sorte de respect.
Comme si les femmes voyaient en elle une étrangère digne d’être préparée, mais pas encore digne d’être acceptée.

Elle posa une main sur la laine rude de sa tunique.
Le tissu semblait la retenir, l’empêcher de se dissoudre dans le froid.

Pourtant, au fond d’elle, une question lourde traversa son esprit :
Était-ce ainsi que les hommes accueillaient ?
En recouvrant ce qu’ils craignaient, en transformant ce qui dérangeait ?

Elle inspira lentement.
La laine, le cuir, la fourrure pesaient sur elle comme un rôle que l’on venait de lui imposer.

Et en silence, elle suivit les femmes hors de la maison,
enveloppée dans une identité qui n’était pas la sienne.

Sous le poids de tous ces vêtements, Naya se sentit plus stable…
mais aussi moins elle-même.

Une vieille femme s’approcha.
Ses yeux plissés semblaient capables de juger une âme à la seconde.
Sans un mot, elle attrapa les cheveux roux de Naya et les tressa en longues nattes serrées.
Ses doigts, malgré leur âge, étaient précis.
Elle glissa dans la chevelure quelques perles d’ambre et des fils d’os polis.

Chaque geste ressemblait à un rituel ancien.
Comme si habiller Naya revenait à lui attribuer une place dans ce monde.

Quand elles eurent terminé, les femmes reculèrent.
Dans un coin, un miroir de bronze poli reflétait une silhouette qu’elle reconnut à peine.

Elle avança vers lui.

Les nattes épaisses encadraient son visage pâle.
La tunique de laine sculptait une nouvelle posture.
La cape donnait de l’ombre à ses traits.
Seul le bracelet doré vibrait encore, comme un rappel silencieux de ce qu’elle avait été avant.

Pour un instant, Naya sentit quelque chose naître dans la pièce.
Une sorte de respect.
Comme si les femmes voyaient en elle une étrangère digne d’être préparée, mais pas encore digne d’être acceptée.

Elle posa une main sur la laine rude de sa tunique.
Le tissu semblait la retenir, l’empêcher de se dissoudre dans le froid.

Pourtant, au fond d’elle, une question lourde traversa son esprit :
Était-ce ainsi que les hommes accueillaient ?
En recouvrant ce qu’ils craignaient, en transformant ce qui dérangeait ?

Elle inspira lentement.
La laine, le cuir, la fourrure pesaient sur elle comme un rôle que l’on venait de lui imposer.

Et en silence, elle suivit les femmes hors de la maison,
enveloppée dans une identité qui n’était pas la sienne.

Scène 5 – Le Rite du Feu

La nuit tomba d’un seul coup, épaisse et silencieuse.
Seul le brasier au centre de la clairière faisait reculer l’obscurité. Les bûches empilées crachaient des flammes hautes, dont la chaleur vibrait jusque dans les arbres qui cernaient le cercle.

On y poussa Naya.

L’air brûlant lui saisit le visage.
La fourrure sur ses épaules devint lourde, presque étouffante.
Dans le silence autour d’elle, seuls les tambours battaient encore, graves et lents, comme un cœur ancien enfoui sous la terre.

Les hommes se tenaient en cercle, frappant le sol du poing à chaque pulsation.

Puis la Volva s’avança.

Elle se dessinait dans la lumière comme une ombre vivante. Sa cape sombre glissait sur le sol, son bâton était levé au-dessus de sa tête, et ses yeux pâles brillaient d’un éclat qui n’appartenait ni à la nuit ni aux flammes.

– « Le feu révèle ce que les hommes ne voient pas. »

Sa voix rauque résonna entre les arbres.
Elle plongea la main dans une petite bourse à sa ceinture et lança dans le brasier une poignée de poudre noire.

Les flammes explosèrent aussitôt, projetant des gerbes dorées dans le ciel.
Le bracelet de Naya s’embrasa en écho.
La chaleur remonta dans son bras comme une brûlure vive.

Elle cria malgré elle.

La lumière autour d’elle devint floue, puis se tordit.
Les silhouettes, les arbres, les flammes… tout se dissout.
Son souffle se bloqua, son cœur cogna contre sa poitrine.
Et soudain, elle vit.

Les flammes formaient un pont, immense, suspendu au-dessus d’un gouffre noir.
Des silhouettes lumineuses chutaient dans le vide, leurs ailes arrachées par un vent invisible.
Des portes de pierre s’ouvraient dans des montagnes, gardées par des créatures immobiles.
Et partout, des fissures dorées comme des cicatrices dans le monde.

Au centre, quelque chose pulsait.
Une lumière, intense et vivante.
Une clé.

La sienne.

La vision s’effondra d’un coup.
Naya tomba à genoux, haletante, les doigts crispés sur son poignet brûlé.
Le bracelet vibrait encore, rougeoyant dans l’obscurité.

La Volva posa une main froide sur son épaule.

– « Le feu t’a reconnue », dit-elle simplement.
– « Tu n’es plus étrangère. Tu es celle qui ouvre les portes. »

Autour d’elles, les cris reprirent.
Les guerriers frappaient leurs boucliers, les tambours roulaient plus fort, les flammes montaient encore.
La clairière entière vibrait de ferveur, de peur et de folie mêlées.

Naya, elle, resta immobile.
Ses yeux fixaient encore les flammes qui dansaient devant elle.
Elles semblaient respirer avec elle, comme si une partie du monde venait de se déchirer à travers son propre cœur.

La chaleur du brasier l’aveuglait.
Pourtant, elle n’avait jamais eu aussi froid.

La lumière autour d’elle devint floue, puis se tordit.
Les silhouettes, les arbres, les flammes… tout se dissout.
Son souffle se bloqua, son cœur cogna contre sa poitrine.
Et soudain, elle vit.

Les flammes formaient un pont, immense, suspendu au-dessus d’un gouffre noir.
Des silhouettes lumineuses chutaient dans le vide, leurs ailes arrachées par un vent invisible.
Des portes de pierre s’ouvraient dans des montagnes, gardées par des créatures immobiles.
Et partout, des fissures dorées comme des cicatrices dans le monde.

Au centre, quelque chose pulsait.
Une lumière, intense et vivante.
Une clé.

La sienne.

La vision s’effondra d’un coup.
Naya tomba à genoux, haletante, les doigts crispés sur son poignet brûlé.
Le bracelet vibrait encore, rougeoyant dans l’obscurité.

La Volva posa une main froide sur son épaule.

– « Le feu t’a reconnue », dit-elle simplement.
– « Tu n’es plus étrangère. Tu es celle qui ouvre les portes. »

Autour d’elles, les cris reprirent.
Les guerriers frappaient leurs boucliers, les tambours roulaient plus fort, les flammes montaient encore.
La clairière entière vibrait de ferveur, de peur et de folie mêlées.

Naya, elle, resta immobile.
Ses yeux fixaient encore les flammes qui dansaient devant elle.
Elles semblaient respirer avec elle, comme si une partie du monde venait de se déchirer à travers son propre cœur.

La chaleur du brasier l’aveuglait.
Pourtant, elle n’avait jamais eu aussi froid.

Scène 6 – L’Appel aux armes

L’aube n’avait pas encore percé que les tambours résonnaient déjà dans tout le village.
Le son roulait entre les maisons en bois, lourd et régulier, comme un appel impossible à ignorer.
Naya fut tirée de la maison où elle avait dormi quelques heures à peine.

Le froid la saisit au visage.
La lumière du matin était pâle, presque bleue.
Devant elle, les guerriers avançaient vers la plage, casques baissés, boucliers frappant contre leurs jambes.
Leurs pas faisaient vibrer le sol gelé.

Chaque respiration formait un nuage blanc.
Chaque souffle semblait annoncer la guerre.

La Volva les attendait déjà près du rivage, appuyée sur son bâton.
Son visage semblait plus grave que la veille, et ses yeux laiteux fixaient l’horizon comme s’ils pouvaient y lire une menace invisible.

– « Aujourd’hui, tu marches avec eux », dit-elle sans même regarder Naya.
Sa voix semblait portée par le vent.

Le Jarl s’avança alors.

Son armure de cuir craquait à chacun de ses pas.
Son épée, brandie vers le ciel, reflétait les premières lueurs du jour.
Sa présence imposait silence à tous ceux qui l’entouraient.

– « Ils ont brûlé nos champs, pillé nos bêtes et brisé nos tombes », lança-t-il.
Les guerriers arrêtèrent leur marche, les yeux fixés sur lui.
– « Aujourd’hui, nous rendons ce qu’ils ont fait. Et les dieux nous ont envoyé leur signe. Elle marchera avec nous. »

Un souffle de voix rugit derrière lui.
Les boucliers frappés en rythme firent trembler l’air.
Les haches levées scintillèrent comme des morceaux d’aurore.

Naya, au milieu de cette marée d’hommes, se sentit minuscule.

Elle voulait parler, dire qu’elle ne comprenait pas cette guerre, qu’elle ne voulait pas sa part dans ce qui allait suivre… mais aucun son ne sortit.
La Volva posa simplement une main sur son bras, une main dure, déterminée.

– « Le feu t’a acceptée. Maintenant, c’est ton tour d’accepter la route devant toi. »

On la guida jusqu’au drakkar tiré sur le rivage.

Le navire ressemblait à une bête endormie :
sa proue sculptée en tête de dragon ouvrait une gueule menaçante,
ses flancs gravés de runes semblaient respirer sous la lumière grise,
et les boucliers fixés à ses côtés formaient une armure de bois et de métal.

Les guerriers embarquaient déjà, leurs bottes claquant sur les planches humides.

La mer, sombre et agitée, frappait la coque comme pour tester sa force.

On poussa Naya à bord.

Le bois froid sous ses pieds lui donna l’impression de marcher sur une créature vivante.
Le bracelet à son poignet vibra faible­ment, comme s’il reconnaissait la puissance du navire ou la violence à venir.

Derrière elle, la foule restée au village criait des prières et des encouragements.
Les femmes levaient les bras vers le ciel, les hommes frappaient leurs poitrines, et le vent emportait les dernières braises du rite de la veille.

Naya fixa l’horizon qui s’étendait devant elle.
Une ligne grise, froide, qui semblait avaler la lumière.
Et au-dessus, des corbeaux tournaient déjà dans le ciel, comme s’ils savaient ce qui attendait ceux qui partaient.

Le drakkar glissa sur l’eau.
Les avirons plongèrent tous en même temps, et le monde entier sembla se mettre en mouvement.

Naya sentit son cœur se serrer.
Elle n’avait jamais été aussi loin du ciel.
Et pourtant, jamais la terre ne lui avait paru aussi dangereuse.

Un souffle de voix rugit derrière lui.
Les boucliers frappés en rythme firent trembler l’air.
Les haches levées scintillèrent comme des morceaux d’aurore.

Naya, au milieu de cette marée d’hommes, se sentit minuscule.

Elle voulait parler, dire qu’elle ne comprenait pas cette guerre, qu’elle ne voulait pas sa part dans ce qui allait suivre… mais aucun son ne sortit.
La Volva posa simplement une main sur son bras, une main dure, déterminée.

– « Le feu t’a acceptée. Maintenant, c’est ton tour d’accepter la route devant toi. »

On la guida jusqu’au drakkar tiré sur le rivage.

Le navire ressemblait à une bête endormie :
sa proue sculptée en tête de dragon ouvrait une gueule menaçante,
ses flancs gravés de runes semblaient respirer sous la lumière grise,
et les boucliers fixés à ses côtés formaient une armure de bois et de métal.

Les guerriers embarquaient déjà, leurs bottes claquant sur les planches humides.

La mer, sombre et agitée, frappait la coque comme pour tester sa force.

On poussa Naya à bord.

Le bois froid sous ses pieds lui donna l’impression de marcher sur une créature vivante.
Le bracelet à son poignet vibra faible­ment, comme s’il reconnaissait la puissance du navire ou la violence à venir.

Derrière elle, la foule restée au village criait des prières et des encouragements.
Les femmes levaient les bras vers le ciel, les hommes frappaient leurs poitrines, et le vent emportait les dernières braises du rite de la veille.

Naya fixa l’horizon qui s’étendait devant elle.
Une ligne grise, froide, qui semblait avaler la lumière.
Et au-dessus, des corbeaux tournaient déjà dans le ciel, comme s’ils savaient ce qui attendait ceux qui partaient.

Le drakkar glissa sur l’eau.
Les avirons plongèrent tous en même temps, et le monde entier sembla se mettre en mouvement.

Naya sentit son cœur se serrer.
Elle n’avait jamais été aussi loin du ciel.
Et pourtant, jamais la terre ne lui avait paru aussi dangereuse.

Scène 7 – Le Massacre et la fuite

Le drakkar aborda la côte dans un fracas d’écume.
À peine la proue toucha-t-elle le sable que les guerriers sautèrent du navire, leurs pas lourds faisant voler la neige. Leurs cris remplirent la nuit, brutaux, portés par la rage et le vent.

Naya resta un instant immobile.
Le froid s’accrochait à ses jambes nues, mais ce n’était rien comparé à la tension glacée qui s’était refermée sur sa poitrine.

Puis la guerre déferla.

Les Vikings se ruèrent dans le village comme une tempête vivante.
Les portes cédèrent sous les coups d’épaule, les toits s’enflammèrent dès qu’une torche y touchait. Le feu courait d’une maison à l’autre comme un animal affamé.

Des silhouettes fuyaient dans la neige, criant pour leurs enfants, pour leurs dieux, ou pour personne.
Des ombres se débattaient dans la lumière des flammes.

Naya avança malgré elle, les yeux grands ouverts.

Un enfant fut projeté au sol par un bouclier. Il glissa sur la neige, un cri unique s’échappa de sa gorge, puis plus rien.
Un guerrier passa au-dessus de son corps sans même le regarder.

Plus loin, une femme fut tirée hors de sa maison par les cheveux. Elle tendait une main vers un petit berceau renversé. La hache tomba avant qu’elle n’atteigne l’enfant.

Naya porta une main à sa bouche, étouffant un sanglot.
La chaleur des flammes faisait fondre la neige autour d’elle, mais elle tremblait comme si elle était plongée dans les eaux glacées où elle avait failli mourir.

Partout où elle posait les yeux, la violence se répétait.

Un vieillard, soutenu par deux hommes, tomba à genoux avant qu une lance ne l’abatte.
Un chien hurlait devant une maison, jusqu’à ce qu’un coup sec mette fin au son.
Les cris se mêlaient aux rires des guerriers et au souffle des flammes.

Le monde s’effondrait autour d’elle.

Son cœur battait si fort qu’elle sentit la douleur remonter dans son bras.
Le bracelet vibrait contre sa peau, comme s’il cherchait à la protéger… ou à la prévenir.
Chaque pulsation lui donnait l’impression d’entendre le souffle de dizaines de vies brisées.

Elle voulut fermer les yeux.
Mais elle n’y parvenait pas.

Elle vit un guerrier tomber près d’elle, la gorge ouverte. Son sang éclaboussa la neige, l’imprégnant d’un rouge vif.
Elle recula, le souffle coupé.

Elle comprit alors quelque chose qu’elle n’était pas prête à accepter :
les hommes pouvaient aimer, célébrer, rire… et devenir monstres d’un seul battement de cœur.

Un hurlement monta jusqu’au ciel.
Les flammes s’élevèrent encore plus haut.

Naya sentit ses jambes céder.

Elle ne pouvait pas rester là.
Elle ne pouvait pas regarder davantage.

Sans réfléchir, elle tourna les talons et s’enfonça dans la neige.
Les branches griffaient ses bras, ses jambes, son visage, mais elle continuait de courir.
Sa respiration devenait un nuage irrégulier qui s’échappait dans le vent comme une prière.

Les sons du massacre s’éloignèrent, avalés par la forêt.
Le silence reprit doucement sa place, un silence lourd, presque hostile.

Ce n’est qu’au bout d’un long moment que Naya s’effondra au pied d’un arbre.
Ses mains tremblaient.
Ses joues étaient mouillées de larmes qu’elle ne sentait même plus descendre.

Elle ne savait pas combien de temps elle resta là, serrée contre ses genoux.
Son corps secoué de sanglots, son esprit brisé entre deux vérités impossibles :
le ciel l’avait rejetée,
la terre ne l’acceptait pas.

Et dans ce vide, la peur et la solitude se mêlèrent comme deux ombres qui refusaient de la quitter.

Son cœur battait si fort qu’elle sentit la douleur remonter dans son bras.
Le bracelet vibrait contre sa peau, comme s’il cherchait à la protéger… ou à la prévenir.
Chaque pulsation lui donnait l’impression d’entendre le souffle de dizaines de vies brisées.

Elle voulut fermer les yeux.
Mais elle n’y parvenait pas.

Elle vit un guerrier tomber près d’elle, la gorge ouverte. Son sang éclaboussa la neige, l’imprégnant d’un rouge vif.
Elle recula, le souffle coupé.

Elle comprit alors quelque chose qu’elle n’était pas prête à accepter :
les hommes pouvaient aimer, célébrer, rire… et devenir monstres d’un seul battement de cœur.

Un hurlement monta jusqu’au ciel.
Les flammes s’élevèrent encore plus haut.

Naya sentit ses jambes céder.

Elle ne pouvait pas rester là.
Elle ne pouvait pas regarder davantage.

Sans réfléchir, elle tourna les talons et s’enfonça dans la neige.
Les branches griffaient ses bras, ses jambes, son visage, mais elle continuait de courir.
Sa respiration devenait un nuage irrégulier qui s’échappait dans le vent comme une prière.

Les sons du massacre s’éloignèrent, avalés par la forêt.
Le silence reprit doucement sa place, un silence lourd, presque hostile.

Ce n’est qu’au bout d’un long moment que Naya s’effondra au pied d’un arbre.
Ses mains tremblaient.
Ses joues étaient mouillées de larmes qu’elle ne sentait même plus descendre.

Elle ne savait pas combien de temps elle resta là, serrée contre ses genoux.
Son corps secoué de sanglots, son esprit brisé entre deux vérités impossibles :
le ciel l’avait rejetée,
la terre ne l’acceptait pas.

Et dans ce vide, la peur et la solitude se mêlèrent comme deux ombres qui refusaient de la quitter.

Scène 8 – La Seconde Fissure

Naya repris sa course.

La neige s’écrasait sous ses pieds, les branches fouettaient ses bras, et le froid mordait sa peau comme si la nuit cherchait à la retenir. Son souffle s’arrachait en nuages irréguliers, trop rapides, trop courts. Elle ne savait plus si elle fuyait les hommes, le feu… ou ce qu’elle venait de découvrir en eux.

Elle ne s’arrêta que lorsque ses jambes cédèrent.

La forêt s’ouvrait devant elle en une clairière silencieuse.
Le vent y tournait lentement, soulevant la poudreuse en cercles fragiles.
Au centre reposait un lac gelé, lisse comme un miroir d’acier, figé sous la lumière pâle de la lune.

Naya tomba à genoux au bord du lac.

Son reflet apparut dans la surface glacée :
un visage défait, les joues striées de larmes sèches, les nattes à moitié défaites,
et ce regard… ce regard vide, où ne restait plus qu’un mélange de stupeur et de fatigue.

Elle effleura la glace du bout des doigts.
Le froid la traversa entièrement, comme si la terre elle-même lui rappelait qu’elle n’était rien dans ce monde.

– « Pourquoi ? »
Un souffle, plus qu’une parole.

Pourquoi le ciel l’avait rejetée.
Pourquoi la terre ne voulait d’elle que pour porter un rôle qu’elle ne comprenait pas.
Pourquoi chaque pas la menait vers plus de douleur que de réponses.

À son poignet, le bracelet vibra.

Une pulsation.
Puis une autre.
Plus forte.
Comme s’il battait d’une vie propre.

L’air au-dessus du lac se tendit soudain.
Un frisson parcourut la clairière.

Une fine ligne dorée apparut dans le vide, comme une déchirure lumineuse suspendue au-dessus de l’eau.
Elle palpitait, fragile, mais bien réelle.
Puis elle s’élargit lentement, déchirant la nuit en deux.

 Le vent se bloqua.
Les arbres cessèrent de bouger.
La neige sembla retenir son souffle.

Naya recula, les yeux écarquillés.

La fissure grandissait.
À travers elle, un autre monde se dessinait.

Un océan déchaîné.
Des vagues noires, immenses, frappant des navires aux voiles sombres.
Le fracas des canons.
Le claquement du vent dans les cordages.
Des silhouettes courant sur les ponts, lames au poing, hurlant des ordres perdus dans la tempête.

Le parfum salé de la mer et de la poudre semblait traverser la faille jusqu’à elle.

Le bracelet s’embrasa contre sa peau.
La brûlure remonta le long de son bras, plus vive que tout ce qu’elle avait ressenti jusque-là.
Il tirait.
Littéralement.

Comme s’il voulait l’arracher à cette terre qui venait de lui montrer son visage.
Comme si ce monde-là, au-delà de la lumière dorée, l’appelait déjà.

Naya tenta de résister un instant.
La peur la saisit.
Elle ne voulait plus tomber entre les mains d’hommes qui ne la comprenaient pas.
Elle avait peur que ce nouveau monde ne soit qu’un autre piège.

Mais la lumière grandit encore.

Une bourrasque traversa la clairière, soulevant la neige en tourbillons.
L’air vibrait.
La glace sous ses genoux se fendit dans un craquement sec.

La fissure s’ouvrit d’un coup, engloutissant la nuit autour d’elle.

Naya ferma les yeux.
Elle sentit son corps basculer, comme happé par une force qu’elle était incapable de combattre.

La forêt disparut.
Le froid disparut.
La neige disparut.

Ne resta que la lumière…
et le grondement de la mer.